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S’échapper vers la libertéLe thème choisi pour ce camp d’été
2008 est le cerf-volant. Il va se révéler au travers
de la dizaine d’ateliers organisés pour 200 enfants,
âgés de 8 à 15 ans. Le choix des ateliers est
tributaire des propositions de notre association, en fonction de la
compétence des bénévoles : Photo, vidéo,
musique et fabrication de cerfs-volants pour les garçons. Théâtre
d’ombre, expression verbale, dessin, création de livres,
journalisme pour les filles. Les enfants n’ont plus accès à la bibliothèque municipale depuis sa destruction partielle au printemps dernier. L’armée israélienne a débarqué une nuit, mis le feu aux livres et emporté les ordinateurs. Les soldats de l’Etat hébreu ont ensuite soudé la porte d’entrée, placé un gros cadenas sur la grille et décrété la fermeture de la bibliothèque pour 2 ans. Ce lieu culturel était financé et contrôlé par le département du Val de Marne. Artistes contre le Mur avait apporté de Belgique et offert plusieurs livres. S’envoler vers la liberté, passer le
mur et les barbelés, et enfin se sentir en sécurité
: ce rêve des enfants palestiniens s’exprime dans toutes
leurs créations artistiques. Les garçons de l’atelier
vidéo se sont mis en scène dans un dessin animé.
Ils s’envolent vers la Belgique grâce aux cerfs-volants,
emportant avec eux ce message, répété inlassablement
: « nous ne sommes pas des terroristes ». Ils survolent
Jérusalem, ville sainte mais interdite, où ils évitent
les tirs israéliens, et puis mettent le cap sur la Méditerranée
et ses plages, si proches à seulement 12km, mais inaccessibles
pour cause de mur, de checks points et de « sécurité
», leitmotiv des autorités israéliennes. L’hypocrisie sécuritaire…Pendant 10 jours, nous partageons le quotidien de
nos stagiaires et de nos partenaires palestiniens dans la région
de Qalqilya. Sur une route de campagne déjà étranglée
de part et d’autre par des clôtures, au-delà du
village de Habla, au milieu de nulle part, un trio de soldats israéliens
bloque les voitures palestiniennes. Les conducteurs doivent attendre
en moyenne 2 heures, sous un soleil vertical, le signe d’un
gamin en treillis qui n’a pas plus de 22 ans. Ces soldats semblent
s’ennuyer profondément, mais ils doivent appliquer des
ordres. « Que faites-vous ici, dans les territoires palestiniens
?» nous demande un soldat. « Et vous ? ». Regard
fuyant, moment de gêne, pas de réponse. Au barrage d’Azzoun
Atma, un village au sud de Qalqilya, le soldat qui interroge est hargneux.
Ici, l’armée de l’Etat hébreu ne laisse
passer que les habitants domiciliés officiellement. Personne
d’extérieur au village, ni les médecins, ni les
enseignants, ni les fonctionnaires de l’Autorité palestinienne
n’ont le droit d’entrer dans le village. Mais à
l’autre bout de la localité, la clôture dite de
sécurité a été découpée.
L’ouverture débouche sur une route express israélienne
qui mène en 10 minutes à Tel Aviv. Des milliers de Palestiniens
s’y engouffrent chaque jour, au vu et su des soldats de Tsahal,
pour chercher du travail côté israélien. Nous
constatons à plusieurs reprises, en plusieurs endroits, et
contrairement à ce qu’affirme le gouvernement israélien,
que le mur ne protège pas des attentats. Ce mur est franchissable,
et les autorités israéliennes le savent. Si les attentats
sont devenus rarissimes, c’est avant tout le résultat
du choix de la grande majorité des Palestiniens. L’étranglement inéluctable…Sur le terrain, l’objectif politique israélien nous apparaît évident, éclatant, inexorable. Le mur et ses clôtures corollaires n’ont qu’un seul but : s’approprier un maximum de terres palestiniennes et garder un minimum de Palestiniens. Nous l’avons vu : tous les moyens sont utilisés, y compris le déversement systématique des égouts provenant des colonies sur les villes et villages palestiniens. La région de Qalqilya est riche en eau mais les stations de pompage sont contrôlées par Israël, y compris celles qui subsistent à l’intérieur du mur. L’Etat hébreu limite la consommation d’eau et facture celle-ci à l’Autorité palestinienne. Il fait payer aux Palestiniens ce qui leur appartient. Un fermier raconte, résigné : « Il y a quelques mois, l’armée est arrivée avec un bulldozer. Les soldats ont détruit ma bergerie. Ils ont placé des barbelés et pendant une semaine, ont interdit l’accès à une partie de mes champs. L’année prochaine, il vous sera probablement impossible de venir ici». Et de fait, les membres d’Artistes contre le mur qui viennent depuis 4 ans prennent la mesure des terres arrachées chaque année en deçà du mur, toujours plus à l’intérieur vers la ville. Nous assistons à l’interminable étranglement de toute une société.
Témoignez pour nous !Pendant 10 jours, nous avons apporté un peu d’évasion à quelque 200 garçons et filles, des enfants dont l’avenir se réduit aujourd’hui à un mur et des barbelés. Demain, ils n’auront le choix qu’entre l’exil volontaire ou l’expulsion. S’il vous plaît, témoignez de ce que vous voyez ici, témoignez pour nous !, ont-ils supplié lors de notre départ. Texte :
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